Des entreprises ont vu leur facture de virtualisation se multiplier sans avoir rien changé chez elles. Même serveur, même usage, même nombre de machines virtuelles. Seul le contrat avait changé, et il avait changé sans elles.
Ce que le rachat de VMware a réellement modifié
Trois décisions, prises en dehors de toute considération technique, expliquent l'essentiel.
Les licences perpétuelles ont disparu au profit d'un abonnement annuel. Un investissement amorti sur plusieurs exercices est devenu une charge récurrente, qui se renégocie et qui peut augmenter à chaque échéance.
Les offres d'entrée de gamme, celles que les petites structures utilisaient, ont été retirées du catalogue. Une entreprise équipée d'un produit conçu pour sa taille s'est retrouvée à choisir dans une gamme conçue pour une autre.
Enfin, un achat minimum de soixante-douze cœurs par licence s'applique depuis avril 2025, contre une seizaine auparavant. Une infrastructure de deux serveurs paie désormais pour une capacité qu'elle n'a pas et n'aura jamais.
L'ampleur de la hausse varie énormément d'une configuration à l'autre, et c'est précisément le problème. Aucun de ces changements ne dépendait du client, aucun ne pouvait être anticipé depuis son contrat, et aucun ne se négocie autrement qu'en s'engageant plus longtemps.
Le sujet n'est pas VMware
Cet exemple est le plus visible du moment, il n'est ni le premier ni le dernier. Ce qu'il illustre vaut pour toute brique propriétaire installée au cœur d'un système d'information.
Le logiciel propriétaire vous lie à la politique commerciale d'un éditeur. Tant qu'elle est stable, la relation est confortable et la responsabilité est clairement portée. Le jour où elle change, vous subissez la décision sans y avoir part.
Le logiciel libre vous lie à une compétence, la vôtre ou celle d'un prestataire. Il ne supprime pas le coût, il le déplace. Une infrastructure libre mal maîtrisée coûte plus cher qu'une licence, en temps, en incidents et en dépendance à la personne qui sait la faire fonctionner.
Il n'y a donc pas de camp à choisir. Il y a un coût de sortie à évaluer avant d'entrer.
Ce que les référentiels exigent, et ce qu'ils n'exigent pas
L'objection vient vite et elle est légitime. Les référentiels de sécurité, ISO 27001 en tête, demandent que les vulnérabilités soient corrigées dans des délais maîtrisés et que les engagements du fournisseur figurent dans un accord écrit. Un logiciel dont personne n'assure le support ne satisfait ni l'un ni l'autre.
Ils n'imposent en revanche aucun modèle de licence. Ce qu'ils exigent est qu'une question ait une réponse nommée. Qui publie les correctifs, dans quel délai, qui les applique chez vous, et que devient l'ensemble le jour où le produit atteint sa fin de vie. Le délai attendu n'est d'ailleurs pas le même selon la vulnérabilité, sujet que nous avons traité dans faut-il appliquer tous les correctifs de sécurité.
Un logiciel propriétaire répond à cette question par le contrat de son éditeur. Un logiciel libre y répond par un contrat de support souscrit auprès d'un prestataire, ou par une compétence interne identifiée et documentée. Un logiciel libre installé sans que personne n'ait été désigné n'y répond pas, et c'est ce cas précis que les référentiels écartent, pas le libre en lui-même.
La conséquence pratique est que la comparaison doit se faire à responsabilité équivalente. Une licence propriétaire avec support face à une solution libre sans contrat n'est pas une comparaison, c'est deux niveaux d'exigence différents.
Les quatre critères qui départagent
Le prix au renouvellement, pas celui de la première année. Les remises d'entrée sont conçues pour être reprises. La question utile est de savoir ce que coûtera la troisième année et ce qui, dans le contrat, encadre cette évolution. Le plus souvent, rien.
Qui porte la responsabilité en cas d'incident. Un éditeur propriétaire s'engage, dans les limites de son contrat, qui méritent d'être lues. Sur une solution libre, cette responsabilité revient à votre prestataire ou à vous. Ce n'est pas un défaut, c'est une ligne du contrat de maintenance qui doit exister et être chiffrée.
La réversibilité de vos données, écrite au contrat. C'est le critère le plus négligé et le plus déterminant. Sous quel format récupérez-vous vos données, dans quel délai, à quel coût, et avec quelle assistance. Une réversibilité qui n'est pas écrite n'existe pas, et son absence transforme un désaccord commercial en impasse.
Ce que vos éditeurs métier certifient. Un ERP, une GMAO ou une supervision d'atelier ne s'exécutent que sur des environnements que leur éditeur accepte de supporter. Changer d'hyperviseur sous une application qui ne le certifie pas revient à perdre son support au premier incident, ce qui coûte plus cher que la licence économisée.
Là où le choix est contraint, et là où il ne l'est pas
En atelier, la marge est faible. Un automate, une commande numérique ou un banc de mesure imposent leur système, souvent ancien, parfois abandonné par son fabricant. Le choix a été fait à l'achat de la machine, pour la durée de vie de la machine, et il se subit plus qu'il ne se décide.
Sur l'infrastructure qui entoure ces équipements, la marge est bien plus large qu'on ne le croit. Virtualisation, sauvegarde, supervision, annuaire, messagerie. Ces briques se remplacent une par une, à leur échéance de renouvellement, sans jamais interrompre la production.
C'est d'ailleurs la seule méthode praticable dans une PME. Un basculement complet ne se finance pas et ne se teste pas. Une migration brique par brique, calée sur les échéances contractuelles déjà prévues au budget, se conduit sans à-coup.
Ce que l'arbitrage demande
Instruire ce dossier suppose de lire les contrats en cours, de repérer les échéances des dix-huit prochains mois, de vérifier ce que les éditeurs métier certifient réellement, et d'évaluer la compétence disponible en interne comme chez les prestataires en place. Il suppose aussi de savoir précisément ce qui tourne et sur quoi, ce qu'une cartographie à jour rend possible et son absence rend hasardeux.
Cela suppose surtout de n'avoir aucun intérêt dans la réponse. Un fournisseur qui vend des licences et un intégrateur qui vend des jours de migration ne répondront pas à la même question, et aucun des deux ne répondra à la vôtre.
Dans une PME, ce travail n'incombe à personne, et le renouvellement se signe alors tel qu'il est proposé, faute d'avoir eu le temps d'examiner autre chose.
Questions fréquentes
Le logiciel libre est-il moins cher ?
Pas nécessairement, et raisonner ainsi conduit à de mauvaises surprises. L'absence de licence déplace le coût vers la compétence, interne ou externe, et vers le temps d'exploitation. Le bon calcul additionne la licence, l'infogérance, la formation et le coût du jour où il faudra changer, sur les deux côtés de la comparaison.
Faut-il quitter une solution dont le prix a fortement augmenté ?
Pas dans l'urgence, et rarement en totalité. La hausse rend le sujet légitime, elle ne dicte pas le calendrier. Une migration décidée sous la pression d'une échéance se paie en incidents, alors que la même migration préparée sur un ou deux exercices se conduit sereinement.
Une solution libre peut-elle être conforme aux référentiels ?
Oui, à condition que le support soit contractualisé ou que la compétence interne soit identifiée et documentée. Les référentiels n'interdisent aucun modèle de licence, ils exigent que la correction des vulnérabilités et les engagements du fournisseur soient couverts par écrit. Une solution libre sans contrat de support ni personne désignée est le cas qu'ils écartent, et c'est aussi celui qui pose problème le jour d'un incident.
Que vérifier avant de signer un renouvellement ?
La durée d'engagement, les conditions de révision du tarif, ce qui se passe à l'échéance suivante, et la clause de réversibilité. Ces quatre points se lisent en une heure et déterminent votre marge de manœuvre pour les années qui viennent.
Et pour les équipements d'atelier ?
Le choix appartient au constructeur de la machine et se subit. La question devient alors celle de l'isolement de ces systèmes et de leur maintien en condition, sujet traité dans notre article sur la segmentation des réseaux.
La dépendance à un fournisseur unique dépasse d'ailleurs la seule question logicielle, et se traite avec les mêmes outils contractuels.